Paris je t’aime

Bruno Podalydès
mercredi 21 juin 2006

Film à sketches. Segment 18ème arrondissement. Réalisation : Bruno Podalydès.
Ce segment fut le dernier à être tourné de la série des couts-métrage de « Paris je t’aime ». Ce fut ma première collaboration avec Bruno que je ne connaissais pas ou très peu. Le tournage à eu lieu en décembre 2005 par un temps très maussade et l’action se déroule entièrement en extérieur et en intérieur voiture. Le peu de jour dont nous pouvions disposer en cette saison m’a fait choisir de travailler avec la pellicule 500 « daylight » de Fuji. Il fut quand même difficile de tirer partie de ces maigres heures de jour. Tout dépassement était impossible.
L’étalonnage fut réalisé sur Lustre chez Eclair avec la complicité d’Isabelle Julien. Le grain de la 500 « daylight » reste très présent après le shoot 4K du film et les quelques intervention de diffusion sur les acteurs apparaissent plus nettement lors du retour au film que ce qu’ils semblaient donner en projection numérique.


"Dix-huit courts métrages de cinq minutes tournés dans autant de quartiers de Paris par vingt et un cinéastes (il y a des coréalisations), un film de deux heures au finale, avec des vedettes américaines et des stars françaises devant et derrière la caméra... Prendre pied dans Paris je t’aime, c’est jongler avec des chiffres et des noms, entrer dans le tourbillon. Le mot de passe, c’est le mouvement. On est au défilé ou au marathon, de Paris forcément : ici, ce sont des personnages, des histoires qu’on voit passer. On en deviendrait presque badaud, gobant les belles images du regard : toutes les cinq minutes, c’est un nouveau tour de manège avec d’autres acteurs, d’autres décors, on n’a pas le temps de s’ennuyer. Mais on peut aussi voir Paris je t’aime comme un festival de Cannes en miniature, dont chaque spectateur se retrouve président du jury, faisant le tri dans une compétition nécessairement contrastée de dix-huit petits films : Prix de la mise en scène aux frères Coen ou à Assayas ? Prix d’interprétation à Gena Rowlands ou à Juliette Binoche ? et la Palme d’or à...

Cette production atypique s’offre, d’abord, comme un jeu. Avec Paris, c’est une partie de cache-cache : tantôt la ville est là (comme pour les touristes américains que Wes Craven entraîne au cimetière du Père-Lachaise), tantôt elle s’efface, anonyme (le quartier du parc Monceau filmé par Alfonso Cuarón : deux grandes portions de trottoir). Avec l’amour, ça badine aussi, mais sur un fond de mélancolie inattendue, qui rehausse soudain l’intérêt pour la ronde de romances annoncée. « Sous le ciel de Paris marchent des amoureux », chantait Piaf, et c’est vrai ici aussi, sauf qu’en cinq minutes seulement l’idylle peut tourner court, comme dans le beau film de Tom Tykwer, Faubourg Saint-Denis, qui raconte en accéléré une love story dont le happy end est sans cesse menacé. L’ensemble est agréablement décousu : pas de manifeste amoureux collectif, pas de nouvelle carte du Tendre, et heureusement pas de respect pour le plan de Paris (les Champs-Elysées sont carrément snobés). C’est la liberté, de ton et de regard, qui mène la danse.

L’esprit ludique de l’entreprise a donc été saisi au bond et transformé, comme un bel essai, par les réalisateurs. La plupart d’entre eux ont réussi à favoriser la légèreté tout en s’appliquant, contents de mettre du style sans forcément devoir livrer un chef-d’œuvre. Cela convient à merveille aux frères Coen, qui signent un petit bijou sur le quai du métro Tuileries, où un Américain, qui a la tête de chien battu de Steve Buscemi, se fait casser la gueule sous le regard indéchiffrable de la Joconde, dont il trimbalait dans son sac une collection de cartes postales. Olivier Assayas donne, lui aussi, un éclat du meilleur de son cinéma. Il raconte de manière très enlevée des trajectoires qui se croisent et bifurquent ; un moment d’une nuit parisienne où tout semble pouvoir arriver entre une actrice américaine et son dealer. Voir ces cinéastes à l’œuvre en un temps éclair, c’est presque les redécouvrir.

Il y a aussi de vraies surprises dans Paris je t’aime, comme les débuts de l’auteur des Triplettes de Belleville, Sylvain Chomet, dans le cinéma en chair et en os. Gardant un œil sur le dessin et l’animation, il chorégraphie autour de la tour Eiffel un superbe ballet de mimes, entre humains et pantins. Avant-goût d’un prochain long métrage ? Paris je t’aime, c’est au fond une déclaration d’amour au cinéma. Le message est limpide avec les retrouvailles corsées de Gena Rowlands et de Ben Gazzara, couple fétiche de Cassavetes, réunis devant la caméra de Frédéric Auburtin et Gérard Depardieu, deux admirateurs qui savent nous faire partager leur émotion. Le court métrage muet fantastique réalisé par Vincenzo Natali est aussi un hommage de ciné-fan au septième art, cette fois côté spectacle et trucages. Et la Palme d’or ? Pour nous, c’est le 14e arrondissement d’Alexander Payne. L’histoire d’une piétonne à qui la providence offre un moment de grâce. A l’image de ce film qui nous prodigue du bonheur comme en passant."

Frédéric Strauss (Télérama)


  • Ier arrondissement de Joel & Ethan Cohen, photographié par Bruno Delbonnel
  • IIèmearrondissement de Nobuhiro Suwa, photographié par Pascal Marti
  • IIIème arrondissement d’Olivier Assayas, photographié par Eric Gautier
  • VIème arrondissement de Gérard Depardieu et Frédéric Auburtin, photographié par Pierre Aïm
  • VIIème arrondissement de Sylvain Chomet, photographié par Eric Guichard
  • VIIIème arrondissement de Vincenzo Natali, photographié par Tetsuo Nagata
  • IXème arrondissement de Richard Lagravenese, photographié par Gérard Stérin
  • XIéme arrondissement de Raphaël Nadjari, photographié par Laurent Brunet
  • XIIème arrondissement d’Isabelle Coixet, photographié par Jean-Claude Larrieu
  • XIVème arrondissement d’Alexander Payne, photographié par Denis Lenoir
  • XVème arrondissement de Christoffer Boe, photographié par Gérard Stérin
  • XVIème arrondissement de Walter Salles et Daniela Thomas, photographié par Eric Gautier
  • XVIIIème arrondissement de Bruno Podalydes, photographié par Matthieu Poirot-Delpech
  • XIXème arrondissement d’Olivier Schmitz, photographié par Michel Amathieu.