Première collaboration avec Sam Karmann.
Volonté de mise en scène de tourner le film à l’épaule.
Nous avons cherché ensemble la "texture" la plus pertinente pour mettre en image le scénario. Les décors de Paris et de proche banlieue ne devaient pas paraître trop "quotidiens" et il nous semblait que les différentes pellicules disponibles utilisées classiquement nous donnaient un rendu trop banal. La filière numérique que nous aurions pu utiliser en tournant en super 16 pour des questions de budget, ne me semblait pas appropriée pour des raisons de piqué de l’image et de profondeur de champ trop importante.
Nous avons donc fait différents essais de traitement spécial de l’image. Le traitement sans blanchiment nous parut trop salissant pour des décors déjà suffisamment "patinés". Nous avons arrêté notre choix sur un développement poussé avec la pellicule Kodak 5277. Ceci nous permettait d’obtenir une saturation particulière des couleurs tout en conservant un contraste et un grain tolérable (la 5277 est une pellicule douce et fine au départ). Nous nous retrouvions ainsi avec une 500 ASA légèrement relookée.
Pour la séquence de la boite de nuit, le décor existant comportait des lustres en cristal que nous avons redescendu à hauteur d’œil. Afin de "tordre" l’effet des ampoules qui équipaient ces lustres, nous avons utilisé la Fuji 500 Reala "daylight" (également poussée). Ceci nous a permis de justifier une lumière très chaude sur les visages que nous avons détouré avec des contre-jours bleutés (HMI + Gélatine Light Blue).
Nous avons également utilisé la 5284 en traitement également poussé pour les extérieurs en nuit.
Caméra Arriflex 535 B, plus lourde que la Moviecam Compact, mais mieux équilibré. Magasins de 300 mètres pour ne pas attendre entre les prises. Ojectifs : Série Cooke S4.
Le cadre fut brillamment assuré par Rodolphe Lauga assisté de Claire Caroff, Stéphane Beneyton et Marie Demaison.
Chef Electricien : Dirk Van Rampelbergh.
Chef Machiniste : Hervé Rousset.
Laboratoire : Eclair. Etalonnage : Isabelle Julien, Serge Antony et Alain Guardia.
Tournage Paris (extérieurs) et Roumanie (studio).
"C’est Chez Roger que débarque Jacques après sa sortie de la « ratière ». Dernier séjour en prison, il se l’est juré. Il revoit Francis, son pote. Dix ans de moins que lui, et encore des rêves plein la tête, dont l’un est top secret : il fait du théâtre. Il préfère parler du fric que va lui rapporter un coup fumant dans lequel il a entraîné Didier, un petit jeune qui cause beaucoup et ment pas mal...
Personnages typés. Dialogues très écrits qui sentent bon l’argot d’hier et le ticket de métro de jadis. Film musée ? Non, grâce à la chaleur goguenarde qui circule d’une scène à l’autre, la tendresse muette qui lie tous les personnages jusque dans leurs échecs. Ça plaisante, ça rigole, ça fanfaronne, mais l’inquiétude est là. Comme dans tout bon polar, le destin se met en marche. Pas un grand destin tragique. Un petit de rien du tout, pas méchant, que les personnages pourraient éviter. Francis est le plus touchant de tous ces paumés fragiles. Parce qu’il sait tisser entre la vie et lui des fils ténus dans lesquels il finit immanquablement par se prendre les pieds."
Pierre Murat (Télérama n° 3107)
