Les enfants s’ennuient le dimanche

De Matthieu Poirot-Delpech, Laura Scozzi et Sophie Perez
mardi 24 mai 1994

Le projet

« Que ce soit promenade ou tartine
Pâtissier pas plus que les bois
N’auront de succès : gamins et gamines
sont plus tristes que maman ne croit
Les enfants s’ennuient le dimanche
En knickerbocker ou en robe blanche
Le dimanche les enfants s’ennuient »

Charles Trenet

Que faire pour tromper l’ennui lorsque le cycle de la vie vous ordonne le repos. Certains n’y songent même pas. D’autres, bravant ce coma, s’adonnent à leurs passions les plus futiles. C’est alors que l’homme des villes accède à ce stade ultime de l’évolution qu’on nomme l’amateurisme. Il se met à construire le pont de Tancarville avec des allumettes, il coupe des arbres pour leur donner des silhouettes d’animaux, il conduit des trains électriques au milieu de savants aiguillages. Bref, il devient artiste.

C’est dans une salle des fêtes ou un autre de ces lieux épargnés par la vie "efficace" que se retrouvent les membres d’une espèce de secte très particulière d’amateurs. Ils viennent danser. Ce ne sont pas des "vrais" danseurs évidemment, mais sûrement le sont-ils dans leurs rêves.

Ils sont quatre, assis sur des chaises. La musique démarre, c’est un air de La Traviata (Di Madrid noi siam mattadore). Les quatre danseurs restent assis et seuls leurs jambes semblent ressentir les élans de la mélodie. Le haut du corps semble comme étonné de cette agitation impromptue. Mais peu à peu la vague envahi le corps et les mouvements se font plus amples. Ils se lèvent enfin, l’air stupéfait d’avoir à supporter ces trépidations. Lorsque la musique s’arrête enfin, elle les laisse pantelants, épuisés par l’orgasme.

Les quatre danseurs s’adressent alors au spectateurs en chœur : « Lorsqu’un génie apparaît en ce bas monde on le reconnaît à ce que tout les imbéciles sont ligués contre lui » - Jonathan Swift.

Les enfants s’ennuient le dimanche IMG/flv/enfants.flv

Note d’intention

Ce projet est né de la rencontre entre trois créateurs qui ont décidé de se retrouver autour d’un projet commun, chacune de leurs disciplines mettant en valeur et venant compléter celles des deux autres. Il s’agit de Laura Scozzi et de la compagnie Opinioni in Movimento pour la chorégraphie, Sophie Perez pour la scénographie et de Matthieu Poirot-Delpech pour la réalisation.

La saynète des "Enfants s’ennuient le dimanche" est tirée de la dernière création de la compagnie Opinioni in Movimento : "Zapping Movies". Le troupe est composée de quatre danseurs : Laura Scozzi, Sylvie Cavé, Olivier Sferlazza et Philippe Chausson.

Le décor (en cours de repérage) est un lieu intermédiaire entre un espace public et quotidien (bistrot par exemple) et un autre lieu plus privilégié (espace scénique). On peut penser à une salle des fêtes ou à des coulisses oubliées. Lieux "habités" mais déserts occupés ce dimanche par ces personnages singuliers. Ils portent des costumes, formes dégénérées de tutus, à la fois semblables et particuliers. Derrière eux : des silhouettes grotesques, vétues de même, assistent avec indifférence à ce curieux ballet. Les danseurs sont sur un plan frontal face à la caméra, le film sera tourné en seul plan enveloppant les quatre personnage.
Le format choisi est le CinémaScope afin de conserver le maximum de détail et de lisibilité en plan large.

« C’est se conduire en rékéké que d’étouffer le roukoukou dans sa coquille » (proverbe congolais).

Les instigateurs

Laura Scozzi

Née en 1964. Diplômée de l’Accademia d’Arte Drammatica (Rome) en 1988, elle suit les cours de l’École de Mimodrame Marcel Marceau jusqu’en 1991, date à laquelle elle crée la troupe Opinioni in Movimento. "Les enfants s’ennuient le dimanche" est tiré de leur dernière création : "Zapping Movies" (1993).

Sophie Perez

Née en 1967. Diplômée de l’E.S.A.T en 1990. En 1991, elle est admise comme pensionnaire à la Villa Médicis. Elle collabore depuis avec Jean-Paul Chambas et Carlo Tomasi sur des production de l’Opéra Bastille, Opéra Comique, Opéra de Lyon etc. Lauréate de la fondation Beaumarchais en 1993.

Matthieu Poirot-Delpech

Né en 1959. Architecte D.P.L.G en 1986 puis diplômé de l’I.D.H.E.C en 1988. Assistant-opérateur de Bernard Zitzermann puis chef-opérateur sur un vingtaine de courts et de longs métrages, il a aussi réalisé une dizaine de films documentaires et de fiction. En 1991, il est admis comme pensionnaire à la Villa Médicis.

Fiche technique

Équipe

  • Acteurs / Danseurs : 4
  • Figurants : 3 ou 4
  • Techniciens image : 3
  • Techniciens son : 1
  • Décoration : 2
  • Costumes : 1
  • Coiffure : 1
  • Maquillage : 1

Technique

  • Support : 35 mm CinémaScope
  • Son : Stéréo
  • Durée (générique compris) : 3’ 20’’